#4 ; Journal presque quotidien d’une gamine qui tente d’arrêter la clope

JOUR 1 – 2 Septembre 2018

C’est le « grand » jour. Le jour qui a été choisi, sélectionné, défini. Le jour où j’arrête de fumer. Le matin a été difficile. J’ai traîné au lit pour éviter la tentation café-clope. Je n’ai pas déjeuné pour éviter la tentation « clope après le bouffe ». J’ai fait des banana bread vegan, puis des cookies au chocolat et beurre de cacahuète. Pour m’occuper l’esprit. Pour pas m’écorcher la gueule en pensant à cette clope qui mourrait d’envie de s’attacher à mes lèvres. Je me suis maudite d’avoir fumé ma dernière clope la veille, au retour d’une enterrement de vie de jeune fille, affalée dans mon fauteuil à 3 heures du matin. Sans en profiter vraiment. j’aurais voulu en reprendre juste une, juste là, pour en profiter et arrêter ensuite. J’ai tenu bon. J’ai dormi trois heures après-midi. Pour m’occuper. J’ai soupé avec de la soupe pour éviter le classique « le gras appelle la clope ». Je me suis couchée tôt. J’ai survécu à cette première journée. Première journée en 8 ans ou je décide, par ma volonté (et pas à cause d’un facteur externe style hospitalisation) de ne pas allumer une seule clope. Je ne me sens pas encore fière. Juste fatiguée, un peu irritable. Ha, oui : j’ai mes règles.

JOUR 2 – 3 Septembre 2018 – 9h30 : 

Drôle de matin, et retour au boulot. Déjà trois clopes évitées : celle du matin à la maison en buvant mon café, celle de la voiture sur le chemin du boulot, celle de la pause de 9h30-10h au bureau. Je n’ai dit à personne que j’arrêtais, mais mon collège est au courant. On ne travaille qu’à deux, donc il allait forcément savoir. J’associe la clope au café, le thé sera surement moins facteur d’envie. Deux thés noirs à la place de mes 4 cafés habituels. J’ai vraiment une hygiène de vie de merde. Il est 9h30 et voici où j’en suis :Trente heures. Ça semble peu, mais c’est déjà une petite victoire pour moi, même si je ne me sens pas fière. Je me dis quand même que c’est la première fois que je m’impose un arrêt comme ça et que j’y arrive. Je me dis que dimanche prochain, après une semaine, j’aurai déjà passé une grosse étape, et le pire des symptômes physiques du manque. On verra ensuite pour les symptômes psychologiques liés à l’habitude. Je reviendrai plus tard…. On est plus tard (10h15,oui.) Je viens de lire cet article. Je vais lire toute la chronique. Ça me fait du bien, je crois.

JOUR 2 – 3 Septembre 2018 – 12h40 : 

J’ai bu 4 thés. Je n’arrive pas à me décider à manger : je crève la dalle, mais j’ai peur de la sensation d’envie après avoir mangé. ce midi, c’est soupe de potiron et un peu de pain. J’essaie au max d’éviter de me jeter sur la bouffe. J’ai du aller chercher une commande en voiture, ça sent encore un peu la clope dans ma petite Maddie Mobile. Pour compenser, j’ai pris un bonbon au citron à la boutique où j’allais. Je dois dire qu’en vrai, j’entretiens la difficulté par habitude, mais ça va. je ne me sens pas mal. J’y pense juste beaucoup. Je me sens juste extrêmement fatiguée et je suis incapable de me concentrer. 33 heures. Depuis ce matin, j’aurais en temps normal fumé environ 5 clopes. Tout va bien aller.

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#2 ; Ensemble, on nous opprime. Ensemble, révoltons-nous.

Terrasse, café au caramel, vent frais qui se glisse sous ma blouse, qui caresse ma peau brûlée par quelques jours de soleil. De la musique inconnue dans les oreilles, histoire de découvrir quelques nouvelles émotions, apprendre des sensations qui ne me sont pas familières. Hors de ma zone de confort, ou presque. Les marcheurs sont pressés, deviennent presque des coureurs. Où vont ces gens, quels rêves poursuivent-ils, à quels monstres tentent-ils d’échapper ? Je regarde les mondes défiler et ma clope se consume. Mes pensées font de même. Dis-moi, passant, après quoi je cours, moi ?

Assise sur ma chaise métallique, je souris. On ne peut pas courir avec les pieds cloués au sol. Quel gâchis. On ne peut pas courir quand on peut à peine se lever. Ce matin, je me sens prise au piège dans une réalité que j’ai du mal à contrôler. À comprendre. À décortiquer. Ce matin, je me demande où je serai demain. Où j’étais hier. Je dessine dans la mousse de lait les images marquantes de ces dernières années. Je respire. Et j’ai mal. J’ai mal pour l’avant, j’ai peur pour l’après. Cette fille torturée que j’étais fut un temps, est-elle restée assise sur une autre chaise froide, dans un recoin de ma vie ? A-t-elle conscience que notre vie a changé, que rien n’est plus pareil, que les mots n’ont plus le même gout quand ils écorchent nos lèvres, quand ils entaillent nos doigts ? Comment vit-elle sans souffrance, sans écriture, sans doutes ? A-t-elle survécu, attend-elle son tour quelque part ? J’ai peur pour l’après. Parce que tout ce qu’on m’a appris, c’est la souffrance, la douleur et l’angoisse. Parce que tout ce qui m’a poussé, jusqu’ici, c’est le noir, les cris, les larmes. Comment tenir sans ? Comment devenir ? Comment rester ?

Je n’ai plus de café et encore tellement de choses à dire. Tellement de bonheur tout autour. Tellement d’amour qui enrobe chacune de mes failles. Tellement de joie, de cris de bonheur, de surprises, d’étonnement. Et enfin, l’harmonie constante. Harmonie qui ravive la flamme de ce que j’étais. Harmonie si complète qu’elle a parfois besoin d’allumer la nostalgie. Triste mélancolique que je suis. Colère. Envers moi-même. Envers mes angoisses, mes crises d’anxiété, ma peur d’être. Ma peur de n’être jamais suffisante. Jamais assez. Jamais juste. Et si tout s’arrêtait ? Et si tout ce que j’avais réussi à construire ces derniers mois, cette dernière année, partait en fumée du jour au lendemain ? Et si cette main si douce, si forte qui sert la mienne chaque jour réalisait que je n’en vaux finalement pas la peine ? Ma facette autodestructrice est juste derrière moi et me murmure que tout va trop bien, que tout est trop beau pour que ça soit vrai. Que quand tout va si bien, la noirceur m’attend forcément au tournant. Alors j’ai peur. Infiniment peur.

Peur de redevenir celle que j’étais, que je suis encore parfois au détour d’une crise de larmes, au détour d’un verre de trop, au détour d’un doute trop ancré. Peur de ressentir ce besoin oppressant de m’enfermer dans le noir et de couper les ponts avec le monde extérieur.  Peur d’avoir envie de ressentir la souffrance, d’enfoncer la lame dans la chair. Peur de m’abandonner. Peur d’être abandonnée. Je voudrais tellement qu’elle s’en aille, cette crainte. Que les chaines se détachent et que je sois enfin libre  des entraves de mon propre cerveau étriqué. Je suis ma pire ennemie. Je suis ma plus grosse faiblesse. Je suis, simplement. Et rien ne me fait plus peur. Suis-je vraiment celle que vous lisez, celle que tu aimes, celle avec qui vous riez autour d’un verre de vin ? Suis-je vraiment ce que je fais, ce que je dis ? Alliance de ténèbres et de lumière. Mais je ne sais jamais quelle part de moi est réellement mon identité.

Je suppose que la dépression chronique est une façon d’être. Une maladie qui colle à la peau, qui ne part jamais vraiment très loin. Je suppose que l’anxiété est une extension de mon être. Je suppose que la mélancolie fait partie de ma personnalité. Je suppose que le doute est ma façon de fonctionner. Je suppose que le stress est mon adrénaline. Mais s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que l’amour est mon moteur. Depuis toujours et pour toujours.

Toi, si tu me lis, toi que j’aime plus que je n’aime ma propre personne, je suis désolée que tu doives ressentir tout ça avec moi. Je suis désolée de t’imposer mes défauts aussi fort, de t’emmener avec moi dans mes travers. Pardonne-moi pour les matins remplis de larmes que je ne peux expliquer. Pardonne-moi pour les fois où je te demande sans cesse si tu m’aimes, si tu es sûr, si tu sais que tu ne te trompes pas. Je connais les réponses, je t’assure. Mais je ne peux pas aller à l’encontre de ce que je suis tout au fond, là, là où personne d’autre que toi ne va. Pardonne-moi pour mon incapacité à communiquer, à aborder les sujets important, à taper du poing sur la table. Pardonne-moi pour mes faiblesses et mes exagérations. Elles font de moi ce que je suis, et crois-moi, j’aimerais au moins autant que toi qu’elles s’en aillent.