#2 ; Ensemble, on nous opprime. Ensemble, révoltons-nous.

Terrasse, café au caramel, vent frais qui se glisse sous ma blouse, qui caresse ma peau brûlée par quelques jours de soleil. De la musique inconnue dans les oreilles, histoire de découvrir quelques nouvelles émotions, apprendre des sensations qui ne me sont pas familières. Hors de ma zone de confort, ou presque. Les marcheurs sont pressés, deviennent presque des coureurs. Où vont ces gens, quels rêves poursuivent-ils, à quels monstres tentent-ils d’échapper ? Je regarde les mondes défiler et ma clope se consume. Mes pensées font de même. Dis-moi, passant, après quoi je cours, moi ?

Assise sur ma chaise métallique, je souris. On ne peut pas courir avec les pieds cloués au sol. Quel gâchis. On ne peut pas courir quand on peut à peine se lever. Ce matin, je me sens prise au piège dans une réalité que j’ai du mal à contrôler. À comprendre. À décortiquer. Ce matin, je me demande où je serai demain. Où j’étais hier. Je dessine dans la mousse de lait les images marquantes de ces dernières années. Je respire. Et j’ai mal. J’ai mal pour l’avant, j’ai peur pour l’après. Cette fille torturée que j’étais fut un temps, est-elle restée assise sur une autre chaise froide, dans un recoin de ma vie ? A-t-elle conscience que notre vie a changé, que rien n’est plus pareil, que les mots n’ont plus le même gout quand ils écorchent nos lèvres, quand ils entaillent nos doigts ? Comment vit-elle sans souffrance, sans écriture, sans doutes ? A-t-elle survécu, attend-elle son tour quelque part ? J’ai peur pour l’après. Parce que tout ce qu’on m’a appris, c’est la souffrance, la douleur et l’angoisse. Parce que tout ce qui m’a poussé, jusqu’ici, c’est le noir, les cris, les larmes. Comment tenir sans ? Comment devenir ? Comment rester ?

Je n’ai plus de café et encore tellement de choses à dire. Tellement de bonheur tout autour. Tellement d’amour qui enrobe chacune de mes failles. Tellement de joie, de cris de bonheur, de surprises, d’étonnement. Et enfin, l’harmonie constante. Harmonie qui ravive la flamme de ce que j’étais. Harmonie si complète qu’elle a parfois besoin d’allumer la nostalgie. Triste mélancolique que je suis. Colère. Envers moi-même. Envers mes angoisses, mes crises d’anxiété, ma peur d’être. Ma peur de n’être jamais suffisante. Jamais assez. Jamais juste. Et si tout s’arrêtait ? Et si tout ce que j’avais réussi à construire ces derniers mois, cette dernière année, partait en fumée du jour au lendemain ? Et si cette main si douce, si forte qui sert la mienne chaque jour réalisait que je n’en vaux finalement pas la peine ? Ma facette autodestructrice est juste derrière moi et me murmure que tout va trop bien, que tout est trop beau pour que ça soit vrai. Que quand tout va si bien, la noirceur m’attend forcément au tournant. Alors j’ai peur. Infiniment peur.

Peur de redevenir celle que j’étais, que je suis encore parfois au détour d’une crise de larmes, au détour d’un verre de trop, au détour d’un doute trop ancré. Peur de ressentir ce besoin oppressant de m’enfermer dans le noir et de couper les ponts avec le monde extérieur.  Peur d’avoir envie de ressentir la souffrance, d’enfoncer la lame dans la chair. Peur de m’abandonner. Peur d’être abandonnée. Je voudrais tellement qu’elle s’en aille, cette crainte. Que les chaines se détachent et que je sois enfin libre  des entraves de mon propre cerveau étriqué. Je suis ma pire ennemie. Je suis ma plus grosse faiblesse. Je suis, simplement. Et rien ne me fait plus peur. Suis-je vraiment celle que vous lisez, celle que tu aimes, celle avec qui vous riez autour d’un verre de vin ? Suis-je vraiment ce que je fais, ce que je dis ? Alliance de ténèbres et de lumière. Mais je ne sais jamais quelle part de moi est réellement mon identité.

Je suppose que la dépression chronique est une façon d’être. Une maladie qui colle à la peau, qui ne part jamais vraiment très loin. Je suppose que l’anxiété est une extension de mon être. Je suppose que la mélancolie fait partie de ma personnalité. Je suppose que le doute est ma façon de fonctionner. Je suppose que le stress est mon adrénaline. Mais s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que l’amour est mon moteur. Depuis toujours et pour toujours.

Toi, si tu me lis, toi que j’aime plus que je n’aime ma propre personne, je suis désolée que tu doives ressentir tout ça avec moi. Je suis désolée de t’imposer mes défauts aussi fort, de t’emmener avec moi dans mes travers. Pardonne-moi pour les matins remplis de larmes que je ne peux expliquer. Pardonne-moi pour les fois où je te demande sans cesse si tu m’aimes, si tu es sûr, si tu sais que tu ne te trompes pas. Je connais les réponses, je t’assure. Mais je ne peux pas aller à l’encontre de ce que je suis tout au fond, là, là où personne d’autre que toi ne va. Pardonne-moi pour mon incapacité à communiquer, à aborder les sujets important, à taper du poing sur la table. Pardonne-moi pour mes faiblesses et mes exagérations. Elles font de moi ce que je suis, et crois-moi, j’aimerais au moins autant que toi qu’elles s’en aillent.

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Une réflexion sur “#2 ; Ensemble, on nous opprime. Ensemble, révoltons-nous.

  1. Texte d’une poignante vérité.
    Merci pour tes mots sur mes maux.
    Continues et permets moi de te lire encore et encore

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