#3 ; Avant j’étais grosse, mais ça c’était maintenant.

Je repense souvent à ma vie d’avant. Pas celle que je partageais avec un autre amour, pas celle que je vivais dans une autre maison. Non. Celle où je vivais dans un autre corps. Au temps où je vivais encore dans mon corps à moi. Celui que je connais, celui que j’ai caressé pendant 21 ans, celui que j’ai vu dans chaque miroir pendant toute mon existence. Je repense à ce corps mou, avec ses deux grains de beauté en haut des jambes qui se rejoignaient quand je fermais les cuisses, ce corps avec cette marque de naissance sur la main gauche, tout près du pouce, ce corps avec cette poitrine ferme et imposante. Je pense à ce corps qui a été mon meilleur ami. Et mon pire ennemi. Je pense à mon corps. Et j’ai mal.

Avant, j’étais grosse. Mais ça, c’était maintenant. Porter mon âme me semblait tellement moins compliqué avec soixante kilos de plus qu’aujourd’hui. Maintenant que je vis dans le corps d’une autre. Un corps qui est caressé depuis un an, un corps que je vois dans le miroir chaque matin et face auquel je baisse les yeux. Je pense à ce corps mou, avec toujours ses deux grains de beauté en haut des cuisses qui ne se rejoignent plus vraiment, ce corps avec cette marque de naissance sur la main gauche, tout près du pouce, ce corps avec cette poitrine meurtrie et tombante. Je pense à ce corps qui n’est pas mon ami. Mais mon pire ennemi. Je pense à mon corps. Et j’ai mal.

Je pense à moi qui marche dans la rue, en retenant ma respiration pour que ma peau se serre sous mes côtes. Je pense à moi qui regarde ces filles rondes pour en trouver une qui ressemble à mon moi d’avant. Je pense à ces jupes tailles 36 dans lesquelles je rentre et je regrette tellement cette petite robe verte que j’avais acheté sur internet en taille 50 deux ans plus tôt. Je pense à mon ventre, qui a tellement souffert de ma perte de poids et qui me le rappelle à chaque seconde que nous passons ensemble. Je pense à Renaud qui me regarde avec des yeux amoureux alors que j’ai envie de meurtrir ce corps de toutes mes forces. Je repense aux chiffres sur la balance qui m’annoncent que j’ai pris deux kilos et je me vois me laisser glisser contre la porte de la salle de bain, noyée entre joie et désespoir. Je pense à moi qui sors de l’hôpital, toute bancale, la moitié d’un organe en moins. Je repense à moi qui m’endors sans avoir mal à l’os des genoux quand ils se frôlent parce qu’en fait, ils ne se frôlaient pas. Je repense à moi qui ne se sentait pas forcée de toucher l’os de ses hanches pour s’endormir. Je pense à moi qui n’en avait rien à faire de ce que les autres pensaient.

Avant j’étais grosse mais ça, c’était maintenant. Jamais vivre avec son corps ne m’a semblé aussi compliqué que ces dernières semaines. Et ces habitudes qui reviennent, ces démons qui me font dévorer chips et chocolat au fond me mon lit reviennent. Parfois, l’envie de vomir, de me punir, d’abandonner. Boulimie, douce ennemie. Je pensais que tu allais t’en aller avec mon estomac. Mais tu es toujours là, assise dans le couloir des monstres qui m’habitent, partageant ton banc avec ma dépression, mes anxiétés et mon manque de confiance. Pourquoi tu t’en vas pas, dis ? Tu n’as pas mieux à faire ailleurs ? Avant j’étais grosse mais j’aimais mes robes fleuries, mes t-shirts noirs, mes converses. Quand je vois ces modèles dans ma penderie, je me demande seulement si ils vont laisser transparaitre la douleur que je ressens quand je les porte. Seigneur, vous devriez me voir quand j’enfile un ancien vêtement, dans lequel je peux rentrer trois fois. Vous devriez me voir enlacer ma maman quand elle se change parce qu’elle me rappelle tellement qui j’étais. Vous devriez me voir quand j’envie les filles qui portent ce qu’elles veulent sans prêter attention aux regards. Vous devriez me voir.

La chirurgie du poids ne résout rien. Le démon est toujours là. Et il court plus vite que moi.

Je vous embrasse.

Ma chanson du jour ;

Kadebostany – Walking with a ghost

Mon mot du jour ;

Vin

 

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#2 ; Ensemble, on nous opprime. Ensemble, révoltons-nous.

Terrasse, café au caramel, vent frais qui se glisse sous ma blouse, qui caresse ma peau brûlée par quelques jours de soleil. De la musique inconnue dans les oreilles, histoire de découvrir quelques nouvelles émotions, apprendre des sensations qui ne me sont pas familières. Hors de ma zone de confort, ou presque. Les marcheurs sont pressés, deviennent presque des coureurs. Où vont ces gens, quels rêves poursuivent-ils, à quels monstres tentent-ils d’échapper ? Je regarde les mondes défiler et ma clope se consume. Mes pensées font de même. Dis-moi, passant, après quoi je cours, moi ?

Assise sur ma chaise métallique, je souris. On ne peut pas courir avec les pieds cloués au sol. Quel gâchis. On ne peut pas courir quand on peut à peine se lever. Ce matin, je me sens prise au piège dans une réalité que j’ai du mal à contrôler. À comprendre. À décortiquer. Ce matin, je me demande où je serai demain. Où j’étais hier. Je dessine dans la mousse de lait les images marquantes de ces dernières années. Je respire. Et j’ai mal. J’ai mal pour l’avant, j’ai peur pour l’après. Cette fille torturée que j’étais fut un temps, est-elle restée assise sur une autre chaise froide, dans un recoin de ma vie ? A-t-elle conscience que notre vie a changé, que rien n’est plus pareil, que les mots n’ont plus le même gout quand ils écorchent nos lèvres, quand ils entaillent nos doigts ? Comment vit-elle sans souffrance, sans écriture, sans doutes ? A-t-elle survécu, attend-elle son tour quelque part ? J’ai peur pour l’après. Parce que tout ce qu’on m’a appris, c’est la souffrance, la douleur et l’angoisse. Parce que tout ce qui m’a poussé, jusqu’ici, c’est le noir, les cris, les larmes. Comment tenir sans ? Comment devenir ? Comment rester ?

Je n’ai plus de café et encore tellement de choses à dire. Tellement de bonheur tout autour. Tellement d’amour qui enrobe chacune de mes failles. Tellement de joie, de cris de bonheur, de surprises, d’étonnement. Et enfin, l’harmonie constante. Harmonie qui ravive la flamme de ce que j’étais. Harmonie si complète qu’elle a parfois besoin d’allumer la nostalgie. Triste mélancolique que je suis. Colère. Envers moi-même. Envers mes angoisses, mes crises d’anxiété, ma peur d’être. Ma peur de n’être jamais suffisante. Jamais assez. Jamais juste. Et si tout s’arrêtait ? Et si tout ce que j’avais réussi à construire ces derniers mois, cette dernière année, partait en fumée du jour au lendemain ? Et si cette main si douce, si forte qui sert la mienne chaque jour réalisait que je n’en vaux finalement pas la peine ? Ma facette autodestructrice est juste derrière moi et me murmure que tout va trop bien, que tout est trop beau pour que ça soit vrai. Que quand tout va si bien, la noirceur m’attend forcément au tournant. Alors j’ai peur. Infiniment peur.

Peur de redevenir celle que j’étais, que je suis encore parfois au détour d’une crise de larmes, au détour d’un verre de trop, au détour d’un doute trop ancré. Peur de ressentir ce besoin oppressant de m’enfermer dans le noir et de couper les ponts avec le monde extérieur.  Peur d’avoir envie de ressentir la souffrance, d’enfoncer la lame dans la chair. Peur de m’abandonner. Peur d’être abandonnée. Je voudrais tellement qu’elle s’en aille, cette crainte. Que les chaines se détachent et que je sois enfin libre  des entraves de mon propre cerveau étriqué. Je suis ma pire ennemie. Je suis ma plus grosse faiblesse. Je suis, simplement. Et rien ne me fait plus peur. Suis-je vraiment celle que vous lisez, celle que tu aimes, celle avec qui vous riez autour d’un verre de vin ? Suis-je vraiment ce que je fais, ce que je dis ? Alliance de ténèbres et de lumière. Mais je ne sais jamais quelle part de moi est réellement mon identité.

Je suppose que la dépression chronique est une façon d’être. Une maladie qui colle à la peau, qui ne part jamais vraiment très loin. Je suppose que l’anxiété est une extension de mon être. Je suppose que la mélancolie fait partie de ma personnalité. Je suppose que le doute est ma façon de fonctionner. Je suppose que le stress est mon adrénaline. Mais s’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que l’amour est mon moteur. Depuis toujours et pour toujours.

Toi, si tu me lis, toi que j’aime plus que je n’aime ma propre personne, je suis désolée que tu doives ressentir tout ça avec moi. Je suis désolée de t’imposer mes défauts aussi fort, de t’emmener avec moi dans mes travers. Pardonne-moi pour les matins remplis de larmes que je ne peux expliquer. Pardonne-moi pour les fois où je te demande sans cesse si tu m’aimes, si tu es sûr, si tu sais que tu ne te trompes pas. Je connais les réponses, je t’assure. Mais je ne peux pas aller à l’encontre de ce que je suis tout au fond, là, là où personne d’autre que toi ne va. Pardonne-moi pour mon incapacité à communiquer, à aborder les sujets important, à taper du poing sur la table. Pardonne-moi pour mes faiblesses et mes exagérations. Elles font de moi ce que je suis, et crois-moi, j’aimerais au moins autant que toi qu’elles s’en aillent.

#1 ; C’était à peine hier et déjà, tu brandis le drapeau de l’ignorance.

À toi, fils de France, fils de Marianne. À toi, fils de l’Union Européenne, fils du drapeau bleu blanc rouge. À toi, fils de l’Hexagone, fils de la République. À toi, fils de la Tour Eiffel, fils de la Marseillaise. Fils des calanques, fils des montagnes, fils des plaines, fils de la mer, fils de l’occident. Fils d’une soi disant liberté, d’une minime égalité, d’un semblant de fraternité. À toi, fils de France, dis-moi, as-tu perdu ta voie ?

Je ne te parlerai pas de voix, ça tu sembles l’avoir trouvée. Plus de 70% des français ont fait le déplacement pour une croix sur un bulletin. C’est bien, fils de France. Enfin, c’est déjà bien. C’est acceptable jusqu’à l’annonce des résultats. 21,3% des voix ont été entendues par le Front National. Ai-je vraiment besoin d’ajouter que c’est environ 7 795 800 français ? 7 795 800 enveloppes glissées dans les urnes de ton magnifique pays. Et puis les autres, aussi. Ces nations loin d’ici où ton peuple a décidé de s’installer. Alors je ne parlerai plus de voix. J’ai bien compris que tu en as une. Mais en parler me ferait gerber.

Laisse-moi parler de voie, laisse-moi écrire sur le chemin. Celui de la tolérance, de l’éducation, du respect de soi et de celui des autres. Laisse-moi poser des mots sur l’amour de ta patrie, sur sa culture riche et ses paysages fabuleux. Laisse-moi décrire tes valeurs qui se transmettent depuis la nuit des temps, la beauté des humains qui foulent tes terres, la richesse de ta diversité. Laisse-moi parler de voie. De ta voie. De celle de ta Nation. Du seul pays que tu as, qui est vraiment à toi. Celui qui t’a vu naître. Qui t’a vu grandir. Qui t’a vu devenir un adulte apte à entrer dans un isoloir. Ce même pays qui t’a vu voter pour Marine Lepen. Pour elle, et contre tous.

Près de 12% du beau monde qui vit dans ton pays n’est pas né sur tes terres. 12% qui n’est pas français. Qui n’est pas « comme toi ». 12% que tu condamnes à la potence d’une nouvelle ère, au bûcher des temps modernes. Tu fais une croix sur un bulletin et d’un même geste, tu valides la chasse à la sorcière 2.0. La France aux français, qu’ils disent. Mais sais-tu comment serait la France, sans la culture étrangère ? Sans ces choses magnifiques que d’autres ont apportés sur ton territoire ? Tu t’expatries dans un pays étranger quand tu satures du quotidien dans ta belle France pourrie jusqu’à l’os, mais tu n’acceptes pas qu’un autre fils de loin puisse venir chez toi pour fuir la mort, la guerre, l’injustice, le danger. Toi, fils de France, tu ne survivrais pas deux semaines sur les plaines d’orient. Tu ne survivrais pas un mois hors de ton pays cocon.

Avec mes yeux à moi, la France est belle, forte, pleine de valeurs et de culture. J’ai vu la France être blessée, baigner dans son sang et s’en sortir quand même. J’ai vu la France menacée avec des flingues, avec des bombes, avec des armes lourdes. Mais jamais elle ne m’a semblé aussi menacée qu’en ce moment. Un flingue ne sera jamais aussi dangereux qu’un amalgame. Une bombe ne sera jamais aussi menaçante que l’ignorance. Les armes lourdes ne seront jamais aussi destructrices que l’intolérance. Et ces critères ont un prénom, ces critères ont un parti. Et ils sont à la seconde place pour le deuxième tour des élections.

À toi, fils de France, fils de Marianne. À toi, fils de l’Union Européenne, fils du drapeau bleu blanc rouge. À toi, fils de l’Hexagone, fils de la République. À toi, fils de la Tour Eiffel, fils de la Marseillaise. Fils des calanques, fils des montagnes, fils des plaines, fils de la mer, fils de l’occident. Fils d’une soi disant liberté, d’une minime égalité, d’un semblant de fraternité. Je ne peux plus te blâmer pour ce que tu as fait, pour ce que tu feras encore. Mais je peux rester droite, je peux rester fière. Mon pays n’est pas tout blanc, ni tout noir. Mon pays n’a pas un gouvernement parfait, n’a pas un Roi sans défauts. Mon pays n’héberge pas que des gens compréhensifs, que des gens tolérants. Mais dans mon pays, on se serre le coude, l’ami. Dans mon pays, on s’aime, on s’aide, on s’apprivoise. Dans mon pays, on s’insurge pour ce qui arrive à ta France. Dans mon pays, on pense à toi.

Je pense à toi, fils de France. Je pense à toi et je te soutiens, parce que ça doit être difficile de vivre sans cerveau. J’aimerais juste te rappeler que l’amour est une valeur universelle. Tu vis sur une terre de culture, de joie, d’amour, de respect, de tolérance, de partage. Ton pays est magnifique, ne le laisse pas tomber. Ne lui autorise pas à laisser tomber ceux qui ont besoin d’une terre.

Et n’oublie pas que où que tu ailles quand tu franchis tes frontières, ami français, tu n’es plus, à ton tour, qu’un étranger.